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Les méthodes éducatives juives
Dans le cadre du département des sciences de l’éducation de l’université de Tel-Aviv, le professeur Iris Lewine a entrepris une étude ayant pour objet les méthodes éducatives en général et plus particulièrement, la comparaison entre les méthodes appliquées dans les écoles laïques et les écoles dites « Harédi » .Les résultats de cette étude sont déconcertantes pour le monde laïc .En effet ,Madame Lewine arrive au terme d’une longue enquête à la conclusion que la méthode appliquée à l’étude du talmud dans les yéchivoth ,et en particulier le système du Tutorat (‘havroutoth) contribuent grandement au développement de l’esprit ,à l’essor de la mémoire et au progrès de la pensée analytique .Ce système d’enseignement dépasse de loin tous les autres systèmes qualifiés de modernes . La presse israélienne a diffusé la conclusion de cette étude ,avec un air d’étonnement non dissimulé ,mais elle s’est rendue à l’évidence, en constatant que les élèves des écoles « harédi », sont particulièrement forts en géométrie , en mathématiques et dans toutes les matières exigeant la réflexion analytique . Les élèves des écoles dites laïques ont beaucoup à apprendre des harédim, a déclaré le professeur Lewine et elle ajoute , : «Certes il s’agit de deux civilisations totalement différentes, et il est particulièrement malaisée de greffer l’une sur l’autre ,cependant ,cela vaut la peine d’introduire certains aspects de l’enseignement « harédi » dans les écoles laïques »
L’étude a surtout mis l’accent sur un aspect particulièrement valorisant pour la société harédite .L’enseignement dans les écoles laïques se préoccupe essentiellement de la transmission des connaissances alors que le système harédi dispense un enseignement qui prend en compte aussi le rôle éducatif de l’école . L’enseignant n’est pas seulement un transmetteur de connaissances mais également un éducateur, soucieux du comportement de ses élèves . Transmettre la Torah, c’est aussi inculquer un savoir –être et une conduite morale On peut dire que les deux systèmes d’éducation n’ont pas les mêmes valeurs . L’un se soucie de l’avenir professionnel de ses étudiants et l’autre de la qualité de la société juive de demain . Cette différence d’objectif recèle un inconvénient majeur , elle structure deux sociétés humaines diamétralement opposées .Or l’avenir du peuple juif nécessite l’unité ,et la concorde entre toutes ses composantes . A partir du moment où l’on façonne un être dès la plus tendre enfance ,sur la base de l’ignorance des Mitsvoth , il sera un adulte candidat à la dilution et à l’assimilation . Ce que l’on acquiert dans l’enfance détermine les idées de l’adulte . C’est ce clivage dans les deux systèmes qui explique aussi la violence qui règne dans l’école laïque et l’ambiance sereine et studieuse des écoles harédites . Sans rentrer dans des statistiques fastidieuses , l’étude montre que plus l’étude de la Torah occupe une part importante dans le programme scolaire et plus le niveau de violence diminue .
L’ancien ministre des finances d’Israël le professeur Yaacob Neeman avait en son temps apporté son commentaire à la suite de cette étude en ces termes : « Le système scolaire est sur la voie de l’échec ,il est temps que le public exige son changement , et qu’il puisse s’inspirer des méthodes pratiquées par le réseau scolaire du Chass .Les enseignants travaillent deux fois plus et perçoivent le même salaire ,les élèves sont heureux de venir à l’école et ils sont désolés de partir deux semaines en vacances par an . »
Quel enseignement pouvons-nous tirer pour nos écoles en France ? Le secret de la réussite des écoles harédi ne figure pas dans le nombre d’heures et du bas salaire des maîtres .Il est d’ordre psychologique . Dans ces écoles l’interaction avec l’enfant se fait de plus en plus tôt .Une étude comparable à celle du Professeur Lewine ,a été menée, en Amérique cette fois
par le professeur Brazelton .Ce dernier écrit : « Nous sommes donc parvenus à comprendre que les interactions émotionnelles sont le fondement non seulement de la connaissance, mais aussi de la plupart des capacités intellectuelles de l’enfant, y compris de la créativité et la pensée abstraite »(1) En clair cela veut dire que , plus on joue avec un bébé ,plus on chante avec lui , plus on lui parle et plus son intelligence se développe Or Dans les écoles harédit dès l’âge de trois ans l’enfant commence à apprendre l’alphabet avec une mélodie .On applique à la lettre ce que nous récitons dans le « chéma » deux fois par jour :« Véchinantam lévanékha « Tu les aiguiseras à ton enfant ».L’action d’aiguiser implique la répétition constante . La mélodie joue un rôle capital , car par un système d’association elle met en mémoire les mots qui se rattache à cette mélodie . Il nous arrive très souvent en cas d’oubli , de retrouver un texte à travers la mélodie qui lui est attachée .Il en est de même dans les écoles harédi tout s’apprend grâce à une mélodie .A cinq ans l’enfant entame déjà l’étude du Houmache en respectant les signes musicaux par la méthode des cantilènes .L’interactivité est aussi mise en pratique par les contes tirés du midrache et la vie des personnages bibliques Toutes ces activités contribuent à forger des racines pour une identité solide capable de résister par la suite à une société occidentale permissive et laxiste . L’interactivité implique également des enseignants , motivés , généreux disponibles , pour qui l’avenir juif importe plus que tout . Un enfant est un bon baromètre de la somme d’émotion que met un enseignant dans son cours . Le Rav Israël Aïchler rapporte que le Tsadiq de Tchernobil assistait à un cours de Houmache dans une école ,le maître enseignait le passage de la Torah où il est question de Laban ,le beau père de Jacob . A ce sujet , il fit part du Commentaire de Rachi qui disait que Laban avait l’habitude d’interrompre son père .Après le cours, le tsadiq de Tchernobil appela l’enseignant et lui fit remarquer que sa manière de transmettre l’enseignement de Rachi n’était pas correcte , parce que le ton employé, n’était pas approprié Si l’on veut enseigner le respect du père ,il faut y mettre beaucoup de cœur et adopter un ton plus persuasif .Le Tsadiq voulait lui dire que l’interactivité s’avère davantage opérante quand l’enseignant transmet un message en y mettant tout son coeur.C’est l’émotion qu’éprouve l’enseignant qui fait vibrer l’enfant .
Un enfant qui se lève le matin et qui s’interdit toute action avant de se laver les mains et prononcer une bénédiction .Un enfant qui a été réveillé par sa mère avec « Modé Ani » en chantant . Un enfant qui dort avec une histoire dans la tête et la voix du père dans la mémoire saura résister à l’appel pernicieux du monde moderne . Il s’aura aussi apprécier les bienfaits dont l’Eternel le gratifie chaque jour . Il ne s’agit pas de connaître les mathématiques ,la physique et la chimie, il faut encore être en mesure de vivre dans le sentiment du bien-être pour apprécier la vie .Mais au dessus de tout , apprécier le bonheur de naître dans une famille juive, fidèle à l’enseignement de la Torah .
Haïm Harboun
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